In Memoriam: Madeleine Bastide
Témoignage de Jacques Lamothe,
pédiatre-homéopathe
Bien qu'ayant fréquenté Madeleine Bastide pendant deux
décades, je ne me sens nullement expert pour parler de son
oeuvre -que chacun connait d'ailleurs dans ses grandes
lignes et que d'autres, plus autorisés, pourront
commenter-, et ne puis donc qu'apporter un modeste
témoignage sur sa personne, cédant aux insistances du
Docteur Bernard Long et de Jean Bastide qui ont su
habilement me convaincre qu'étant proche d'elle par le
coeur et la pensée, j'étais bien placé pour la remercier.
J'ai envers elle, en effet, une immense reconnaissance.
Très jeune homéopathe, elle m'invita dès 1980 à donner des
cours d'homéopathie à la Faculté de Pharmacie de
Montpellier, une fois par trimestre et ce pendant vingt
ans. Surpris et conforté par cette promotion, je me suis
lancé dans cette tâche avec enthousiasme et application. Je
me suis rapidement aperçu que la préparation de conférences
m'obligeait à étayer ma pensée de solides connaissances et
de vérifications cliniques cliniques. La machine était
lancée, qui jamais encore ne s'est arrêtée, je veux parler
de tout ce qui occupe ma carrière, à savoir la recherche
clinique et ce qui en découle : les réussites
thérapeutiques et l'enseignement, qui m'ont valu de
nombreux voyages et rencontres très enrichissantes avec des
chercheurs ayant une pensée très différente. Ainsi,
Madeleine Bastide a été pour moi, au début, la bonne mère
qui m'a encouragé et m'a aidé à me révéler.
Peu à peu, notre relation a évolué car nous aussi, nous
évoluions. Nous sommes ainsi passés de la conception
pluraliste à la pensée uniciste (moi en 1981, elle quelques
années plus tard), puis à des conceptions globales,
humanistes, écologiques et philosophiques. Et nous sommes
devenus deux gais complices d'une pensée qui en a dérangé
plus d'un, nous encourageant mutuellement à l'impossible
reconstruction du monde, autour de fins et agréables repas.
Evidemment, nous nous sommes découverts un idéal commun de
recherche inconditionnelle de la vérité, quelle qu'elle
soit, qu'elle dérange ou qu'elle arrange. Nous nous
complétions : elle avec son matériel scientifique, moi,
avec mon matériel clinique.
Nous sommes bien tombés d'accord sur l'essentiel :
l'homéopathie classique est la plus belle médecine qui
soit, pour le médecin de famille comme pour l'hopital, elle
ne contredit ni ne s'oppose à la médecine scientifique
moderne ni à la chirurgie ni aux investigations
paracliniques ni à la recherche scientifique; elle se situe
à un autre niveau, un niveau global, celui de la totalité
de l'être, comme l'avait pressenti Carl Gustav Jung en
psychologie. L'être humain ne peut être proprement guéri
qu'en considérant sa totalité. Cette assertion va à
l'encontre de la conception scientifique actuelle de l'être
humain et est véritablement révolutionnaire; bien qu'elle
ait été découverte depuis l'antiquité, elle est
régulièrement passée dans les oubliettes pour ne ressurgir
que par périodes (Paracelse, par exemple). C'est donc une
pensée qui a toujourss été dérangeante, courageuse et
révolutionnaire.
Grâce aux travaux philosophiques d'Agnès Lagache, Madeleine
Bastide a été une des très rares chercheurs à tenter de
décrire le mode de pensée de l'homéopathie dans la pensée
actuelle, tout en demeurant un chercheur pragmatique qui
nous a valu des études remarquables tant en pharmacologie
qu'en physiologie et en immunologie. Sur le plan de la
pratique pédiatrique, la thymuline est une découverte
extrêmement utile et, sans être un remède homéopathique à
proprement parler (puisqu'il n'y a pas -et pas besoin- de
pathogénésie) c'est un régulateur et stimulant des défenses
le meilleures qui soient, celles qu'utilise le jeune
enfant, sans perturber l'action des remèdes homéopathiques.
Ce fut pour moi un remède prescrit avec succès plusieurs
fois par jour par téléphone dans des cas bénins, mais
souvent avec fièvre et infection, quand je ne savais pas
quoi donner ou quand je n'avais pas de temps, sans
brouiller le terrain.
En parlant au nom de tous ceux que son travail a aidé, je
puis dire un immense merci à Madeleine Bastide, tant sur le
plan pratique que sur le plan théorique et philosophique !
Nous avons eu tous besion de l'aval dans ces domaines d'un
véritable chercheur et professeur comme elle pour asseoir
notre pratique. Qui plus est, tout ce qu'elle a fait, elle
l'a fait avec du coeur, il fallait le dire car un chemin
n'est bon et imitable que s'il contient du coeur. Je ne
l'ai jamais vu refuser une invitation, une demande d'aide.
Je ne l'ai jamais vu parler ou enseigner sans amour ni sans
joie. Maintenant qu'elle est partie, on s'en rend compte :
elle a tout fait dans l'amour, elle nous a tous aimés !
Quand quelqu'un disparaît, il emporte avec lui des trésors,
et cela crée un vide douloureux. Plus ce vide est grand,
plus il a semé. Les semences ne tombent jamais dans le
néant ou l'inutile. Elles germent et ressortent un jour
quand on ne s'y attend plus, avec une force plus grande
encore, montrant le beau chemin. Elle a semé en nous,
médecins, pharmaciens, scientifiques ou autres. Laissons-la
vivre en nous en pensant maintenant à elle...